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L’immigration clandestine à Mayotte

31/05/2012

Véritable “fléau” pour les uns, planche de salut illusoire pour les autres, l’immigration clandestine à Mayotte est un véritable tonneau des Danaïdes. Près de la moitié des reconduites à la frontière exécutées sur le sol français ont lieu à Mayotte dans des conditions où les plus élémentaires droits de l’homme sont souvent oubliés : “loin des yeux, loin du droit…”

A Mayotte, s’il existe un consensus, c’est bien celui qui consiste, de tous côtés, à crier ‘haro sur le baudet!‘.

Même si tous les départements et territoires d’outremer sont confrontés à l’immigration clandestine, le cas de Mayotte est particulièrement épineux. Une épine qui ne cesse de croître d’année en année, servant de prétexte à ceux qui disent qu’elle empêche Mayotte d’avancer. Avancer vers quoi? La chose est bien connue ici : ce sont les clandestins qui ont construit et continuent de construire Mayotte! Mais chut! Il ne faut surtout pas le dire! Car, c’est cela aussi Mayotte : quand on parle d’immigration et de clandestins, elle devient le royaume de l’hypocrisie.

Jusqu’en 1992, les Comoriens pouvaient aller et venir entre les îles sans formalités particulières et… sans visa!. A cette date, M. Balladur, alors Premier Ministre, devant l’augmentation du nombre de comoriens s’installant de façon durable à Mayotte, a instauré l’obligation du visa pour les ressortissants comoriens désireux de se rendre à Mayotte. Loin de calmer cet afflux, cette nouvelle mesure n’a fait que l’amplifier : tout ce qui est interdit est tentant, c’est bien connu.

Soyons clairs : le problème de l’immigration à Mayotte est un problème INSOLUBLE. Comment peut-on espérer empêcher la circulation entre des îles qui partagent le même destin depuis des siècles? Le même destin, la même culture. Bref, il s’agit d’une seule et même famille! Quoi qu’en disent une majorité de mahorais. Comment pouvoir espérer empêcher un père d’aller voir son fils, un fils d’aller voir sa mère, sa grand-mère, une femme d’aller voir son mari? Alors que de tous temps, les hommes et les femmes sont allés d’une île à l’autre. La seule solution consisterait à entourer le lagon de fils barbelés et de miradors. Alors peut-être, on jugulerait ce que trop de “responsables” mahorais qualifient de “fléau”.

Ça ferait mauvais effet et guère vendeur auprès des touristes.
Source

Clandestin à Mayotte : l’impasse
Je suis un pauvre noir qui est né dans un lieu mesquin. Je suis né à 0,65m de l’école et mon père était cultivateur. Il a refusé de m’envoyer à l’école et ma mère a essayé de m’emmener à l’école. J’y suis entré au CP1 et je l’ai quittée en troisième. Aujoud’hui, j’ai pris la décision de faire un livre pour que le monde humain sache, qu’il essaie de comprendre « mon » monde. Le monde se développe très vite. Si tu perds une seconde d’apprentissage, tu ne la rattraperas jamais.
La première maladie, c’est le racisme. La seconde, c’est la négligence. Partout dans le monde on est maintenant d’accord qu’on a été créé par un seul Dieu. Il nous a créés différents, selon l’endroit où l’on est né, mais nos pratiques religieuses sont identiques. Les choses sont ainsi : nous n’avons pas à nous poser la question de savoir pourquoi. Pourquoi noir ? Pourquoi blanc ? Regardez les plages, il y a des plages de sable blanc, des plages de sable noir. C’est comme ça. Je demande au monde qu’il prenne conscience que c’est le Créateur qui a fait ces différences. Quel miracle fait que ces vagues qui naissent d’elles-mêmes séparent le sable blanc du sable noir ?
J’étais pêcheur et ma mère a rejeté mes poissons. Je me trouve maintenant être cultivateur comme mon père. Et ma famille n’est pas non plus d’accord avec ce métier. Mes copains ne sont pas d’accord non plus : pendant que je suis au champ, je ne suis pas avec eux… et moi-même, je cultive pour essayer de faire bouger ma vie.
Un jour, je me trouvais à la capitale (Moroni) pour apprendre la mécanique et je n’ai pas pu tenir le coup : ma famille me manquait, je n’avais pas les moyens matériels pour rester à la capitale. Je suis retourné dans mon village.
J’ai alors commencé à penser ma vie. J’ai monté une épicerie : ce n’était pas encore la bonne idée. Ma famille croyait que je gagnais de l’argent que j’allais dépenser avec les copains et avec des filles. Mon objectif n’était pas là. La réalité n’était pas là. J’ai fermé ma boutique.
J’ai contacté des médecins de Madagascar pour qu’ils viennent dans mon village pour créer un centre de soins. Fanafoudigasy, c’était le nom de cet hôpital. On partageait l’argent gagné, 1500 fr CFA (environ 3 €) par visite. Très rapidement, je me suis heurté une nouvelle fois aux habitants du village : ils trouvaient que je gagnais de l’argent sur leur dos. J’ai fermé l’hôpital.
C’est à ce moment là que j’ai décidé de bouger. J’étais malade, sans possibilité de me faire soigner à Moroni. Je me suis donc embarqué pour Mayotte, sans visa, en kwassa-kwassa. C’était en 1996.
LE MONDE HUMAIN

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